Pourquoi oublions-nous les besoins de notre corps ? | Aux Racines des Sens

Pourquoi oublions-nous parfois les besoins les plus simples de notre corps ?

sanchez-lucie Par

Notre rythme effréné quotidien nous amène parfois à nous oublier. Écouter notre corps ne consiste pas uniquement à remarquer quand quelque chose va mal. Cela commence peut-être beaucoup plus tôt, dans ces petits besoins ordinaires auxquels nous répondons... ou que nous repoussons.

 

« J'ai réalisé que je n'avais presque rien bu aujourd'hui »

Chaque journée est une course contre la montre, avec un planning familial et professionnel surchargé. 

Certaines personnes ont travaillé, répondu à des messages, pensé au repas, conduit, fait les courses, peut-être pris soin des enfants, des collègues, de la maison...

Mais boire ? Cela leur est simplement sorti de la tête.

Elles courent toute la journée, se disant qu'elles n'ont pas le temps. Boire signifie aller aux toilettes, et le lieu où elles se trouvent ne leur permet pas toujours d'y accéder facilement. C'est aussi interrompre ce qu'elles font, donc perdre du temps.  « Je boirai plus tard.»

D'autres, ne ressentent pas la soif, ou n'aiment pas l'eau.

Et certaines vont se rendre compte à 19 heures qu'elles n'ont quasiment rien bu depuis leur réveil. Elles culpabilisent, attrapent leur bouteille et boivent un grand verre.

Pourquoi pensons-nous si facilement à manger et beaucoup moins à boire ?

Comment quelque chose d'aussi élémentaire peut-il passer aussi facilement au second plan ?

Personne ne se dit le matin : « Aujourd'hui, je vais volontairement oublier de boire. »

C'est simplement que la journée prend toute la place.

La soif : un signal parmi tant d'autres

La soif est pourtant l'un des signaux les plus simples que notre corps puisse nous envoyer. Mais nous n'y sommes pas toujours attentifs et nous n'avons pas tous la même relation avec elle.

Chez certains, elle arrive rapidement. Leur bouteille d'eau les suit partout et se remplit plusieurs fois au cours de la journée.

Chez d'autres, elle se fait beaucoup plus discrète. Ils attendent d'avoir vraiment soif avant de boire, ou ont pris l'habitude de boire à certains moments précis : après le travail, une fois rentrés chez eux, par exemple.

Et puis il y a ceux qui ont tellement pris l'habitude de faire passer cette sensation après tout le reste qu'ils finissent par le remarquer beaucoup moins.

Notre corps s'adapte à de nombreuses situations. Lorsque l'on a pris l'habitude de boire peu, il peut arriver que l'on remarque moins souvent la sensation de soif. Cela ne signifie pas pour autant que notre corps n'a pas besoin d'eau.

Quand un besoin devient une obligation

Nous entendons régulièrement parler de l'importance de bien s'hydrater. À force de chiffres, de recommandations et de rappels, cela peut pourtant finir par transformer un besoin naturel en objectif à atteindre.

Et soudain, boire devient une contrainte.

La grosse bouteille posée devant soi ressemble alors davantage à un compteur qu'à une aide :

« Il faut que je la termine. »

Il y a plusieurs années, j'ai reçu une dame en séance pour des problèmes de lombalgies récurrentes.

Au cours de la séance, une particularité de son pied a attiré mon attention. Je lui ai demandé, simplement par curiosité, si elle buvait suffisamment.

Sa réponse m'a amusée :

« Oui. Je dois boire un verre d'eau en plus de mon thé le matin. » Bouteille

Elle m'a expliqué que l'idée de devoir venir à bout d'une bouteille d'un litre et demi ne lui donnait absolument pas envie :

« Me retrouver devant une bouteille de 1,5 litre à boire, ça ne me motive pas du tout. Et quand je bois, après, je passe mon temps aux toilettes ! »

Je lui ai alors proposé de changer simplement d'échelle : plutôt que de penser à une grande bouteille à terminer, pourquoi ne pas commencer par une petite bouteille de 25 cl ?

Elle a essayé. Petit à petit, elle a augmenté les quantités et m'a dit avoir recommencé à ressentir la soif.

Quelques mois plus tard, je l'ai croisée par hasard. Elle se promenait désormais avec sa bouteille, devenue presque indispensable.

Elle m'a également raconté que ses douleurs lombaires avaient disparu. Je ne saurais évidemment pas dire ce qui avait permis cette amélioration. Mais son histoire m'est restée en tête pour une autre raison : parfois, modifier notre manière d'aborder une habitude suffit à la rendre beaucoup plus facile à intégrer.

La façon dont nous nous représentons un objectif peut suffire à nous décourager avant même d'avoir commencé.

Alors, combien faut-il boire ?

On entend souvent parler d'une quantité précise à boire chaque jour. Pourtant, les besoins en eau ne sont pas les mêmes pour tout le monde et peuvent dépendre de plusieurs facteurs.

La corpulence, l'âge, l'état de santé, l'activité physique ou encore l'alimentation peuvent notamment entrer en compte.

Un autre paramètre important est la température.

Travailler dans un bâtiment ou avec des machines dégageant beaucoup de chaleur, travailler à l'extérieur en pleine saison chaude, ou même avoir de la fièvre, peut faire transpirer davantage. Dans ces situations, les pertes en eau sont plus importantes et les besoins peuvent donc augmenter.

Finalement, il n'existe pas une quantité magique qui conviendrait à tout le monde, tous les jours, dans toutes les circonstances.

Et si on arrêtait de compliquer les choses ?

À force de conseils, de chiffres, d'objectifs et de rappels, on peut finir par ne plus savoir quoi faire.

Le simple verre d'eau est devenu une détox, un remède voire une méthode miracle. 

C'est simplement... un verre d'eau.

Il y a d'autres façons de s'hydrater : l'eau bien sûr, mais aussi les infusions, le thé, le café, ou encore certaines boissons que nous apprécions au quotidien.

Nous retrouvons également de l'eau dans notre alimentation, notamment dans les fruits et les légumes.

Et si nous y réfléchissons bien, il y a des périodes de l'année où nous écoutons ces besoins presque sans même y penser.

Quel plaisir de déguster une bonne tranche de melon ou de pastèque en plein été. De croquer dans une pêche bien juteuse.

Notre corps nous rappelle parfois ses besoins sans que nous ayons besoin de les transformer en objectif.

L'eau n'est évidemment pas anodine. Elle est indispensable au fonctionnement de notre organisme et intervient dans de nombreux mécanismes du quotidien : le transport de certaines substances, les échanges, la digestion ou encore l'élimination par les reins.

Notre alimentation, certains médicaments, l'activité physique, la chaleur ou encore les périodes de stress font partie de ce quotidien auquel notre organisme doit constamment s'adapter. L'eau participe à cette grande mécanique.

Mais indispensable ne veut pas forcément dire qu'il faut transformer chaque verre en objectif chiffré.

Une question toute simple : « De quoi ai-je besoin ? »

Écouter son corps, ce n'est peut-être pas chercher à faire parfaitement. C'est simplement écouter ses propres besoins, plutôt que ceux du voisin.

On pourrait simplement se demander :

De quoi mon corps a-t-il besoin aujourd'hui ?

Pas parce qu'il faut atteindre un objectif.

Pas parce qu'une application nous rappelle que nous sommes à 37 % de notre quota quotidien.

Mais simplement parce que, pendant quelques secondes, on a écouté ce que notre corps nous demandait.

Peut-être que prendre soin de soi commence parfois par quelque chose d'aussi peu spectaculaire que de boire un verre d'eau quand on a soif.